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the very definition of a sympathetic character, Nicolas Bouvier

Posted: Nov 20, 2005 Sun 05:33 am     Views: 23   

Some extracts from his classic, "L’usage du monde" (roughly translated, the custom/usage/way of using/utility of the world):

"

Je crois que l’Américain respecte beaucoup l’école en général, et l’école primaire en particulier, qui est la plus démocratique. Je crois qu’au nombre des Droits de l’homme, aucun ne lui paraît aussi plaisant que le droit à l’instruction. C’est naturel dans un pays civiquement très évolué où d’autres droits plus essentiels sont assez garantis pour que l’on n’y songe même plus. Aussi, dans la recette du bonheur américain, l’école joue-t-elle un rôle primordial, et dans l’imagination américaine, le pays sans école doit-il être le type même du pays arriéré. Mais, les recettes de bonheur ne s’exportent pas sans être ajustées, et ici, l’Amérique n’avait pas adapté la sienne à un contexte que d’ailleurs elle comprenait mal. C’était l’origine de ses difficultés. Parce qu’il y a des pays sans école : il y a des pays sans justice, ou sans espoir. Ainsi Tabriz, où Roberts arrivait les mains pleines et la tête bourrée de projets généreux que la réalité de la ville - car chaque ville a la sienne - démentait chaque jour.

"

(p 217, ch. " Tabriz II ")



"

...Ce n’était qu’une distance à franchir, mais une longue distance parce que l’exercice de la bienfaisance demande infiniment de tact et de humilité. Il est plus aisé de soulever un village de mécontents que d’en modifier les habitudes ; et, sans doute, plus facile de trouver des Lawrence d’Arabie et des agitateurs, que des techniciens assez psychologues pour être efficaces. Robert, qui l’était, en viendrait bientôt à écrire dans ses rapports qu’il fallait peut-être renoncer à l’école pour s’occuper par exemple de l’adduction d’eau des vieux hammam qui sont des foyers d’infection virulents. Du temps passerait jusqu’à ce que ses supérieurs d’Amérique lui donnent raison. Mais pour que " Point IV " continue, il fallait constamment de nouveaux capitaux, Ainsi, en définitive, le problème de Roberts - qui est symbolique - arriverait jusqu’au contribuable américain. Nous savons que ce contribuable est le plus généreux du monde. Nous savons aussi qu’il est souvent mal informé, qu’il entend que les choses soient faites à sa manière, et qu’il apprécie les résultats qui flattent sa sentimentalité. On le persuadera sans peine qu’on tient le communisme en échec en construisant des écoles semblables à celles dont il garde un si plaisant souvenir. Il aura plus de mal à admettre que ce qui est bon chez lui peut ne pas l’être ailleurs ; que l’Iran, ce vieil aristocrate qui a tout connu de la vie... et beaucoup oublié, est allergique aux remèdes ordinaires et réclame un traitement spécial.

Les cadeaux ne sont pas toujours faciles à faire quand les " enfants " ont cinq mille ans de plus Santa Claus.

(p 220, ch. " Tabriz II ")

"



"

Mais l’absurde... l’absurde ! je restai interdit. Pourtant en Suisse, nous sommes plutôt bons pions ; mais comment expliquer ce qu’on ne ressent pas, et surtout dans une ville qui déborde à ce point les catégories. Pas d’absurde ici... mais partout la vie poussant derrière les choses comme un obscur Léviathan, poussant les cris hors des poitrines, les mouches vers la plaie, poussant hors de terres les millions d’anémones et de tulipes sauvages qui, dans quelques semaines coloreraient les collines d’une beauté éphémère. Et vous prenant constamment à partie. Impossible ici d’être étranger au monde - parfois pourtant, on aurait bien voulu. L’hiver vous rugit à la gueule, le printemps vous trempe le coeur, l’été vous bombarde d’étoiles filantes, l’automne vibre dans la harpe tendue des peupliers, et personne ici que sa musique ne touche. Les visages brillent, la poussière vole, le sang coule, le soleil fait son miel dans la sombre ruche du bazar, et la rumeur de la ville - tissus de connivences secrètes - vous galvanise ou vous détruit. Mais on ne peut pas s’y soustraire, et dans cette fatalité repose une sorte de bonheur.

.

.

.

[...] Comme si ni leurs oeufs ni leurs châteaux ne devaient s’éloigner tellement des nôtres, c’était donc leur imagination qui différait. Et moi qui les accusais d’en manquer ! Mais non, elle s’exerçait dans un autre monde que le mien.

(p 221, ch " Tabriz II ")

"


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